Lecture dans le Noir 27 Mai 2019

Dans le cadre du festival « Le Mai du Livre », le Comité 65 de l’AVH proposait ce
lundi 27 Mai au Haras de Tarbes des séances de Lecture dans le Noir. Cette
manifestation avait pour objectif de promouvoir l’action du Club Lecture audio du
Comité Départemental et de sensibiliser le public au fait que, même avec une vision
défaillante, la lecture reste possible grâce à une écoute attentive et à la puissance de
l’imagination.
Le thème du festival étant cette année « Des livres et la paix », le texte : « L’enfant
des cèdres » de Désirée Sadek Aziz avait été choisi pour les scolaires. L’histoire
touchante d’un enfant faisant reverdir des cèdres dans une zone aride de la
montagne du Liban, avec la guerre en arrière-plan. Un message universel de paix et
d’espérance.
« La gloire de la vache », une nouvelle rwandaise de Scholastique Mukasonga, était
destinée au public adulte. Une évocation émouvante de la vénération que portaient à
leur troupeau les éleveurs Tutsis au Rwanda, et comment cette vénération s’est
transmise au-delà du déplacement et des génocides dont ils ont été victimes.
Mocktaria, Frédéric, Étienne et Karine, lecteurs bénévoles venus en voisins du lycée
Jean Dupuy, se sont relayés tout au long de la journée pour donner à deux voix une
lecture sensible de ces deux textes.
Lecteurs à haute voix d’un jour, certes, mais en professionnels de l’enseignement,
ils avaient préparé très consciencieusement leur intervention, allant même jusqu’à
étudier la phonétique de la langue des Tutsis. Qu’ils en soient chaleureusement
remerciés !

La première lecture de la matinée s’achève. Les applaudissements crépitent. La salle
plongée dans l’obscurité revient peu à peu à la lumière. « Alors, comment avez-vous
ressenti cette expérience ? », lance l’un des lecteurs pour initier le dialogue.
Les doigts se lèvent. « Maître ! Maître ! « .
Les réactions des jeunes élèves de CM1 fusent. Des questions précises sur
l’histoire, une réflexion sur le rôle prépondérant de l’imagination qui n’est entravée ni
par l’environnement ni par les illustrations du livre. S’ensuit un échange entre les
enfants et les membres de notre comité au sujet des sensations évoquées par le
texte.
Les couleurs (le bleu des yeux de Nabil, le vert des arbres), les saveurs (le jus de
l’orange et le goût du chocolat), les sons (le bourdonnement des insectes et le chant
des oiseaux), le toucher même avec la piqûre des aiguilles des cèdres au bout des
doigts. La discussion se poursuit sur l’exploitation des autres sens par les déficients
visuels, les analogies du texte qu’ils viennent d’entendre avec « L’homme qui plantait
des arbres », récit de Jean Giono qu’ils ont étudié en classe.

Un lien est établi aussi avec l’actualité et l’histoire vraie de cet homme qui
récemment, en Afrique, a permis la reforestation d’une zone désertique, permettant
ainsi le redémarrage d’une agriculture locale.

Au cours de la journée, quatre classes se sont succédées pour vivre cette
expérience de Lecture dans le Noir : deux classes de Cours moyen de l’école Honoré
Auzon de Lourdes et deux classes de Sixième du collège Desaix de Tarbes.
Si cet exercice inhabituel d’écoute attentive et de concentration s’est avéré difficile
pour quelques enfants, tous ont perçu l’essentiel que l’on peut résumer ainsi avec
leurs mots : « Dans le noir, on peut imaginer ; il y a des hommes qui détruisent et
d’autres qui construisent : quand on voit, il faut en profiter ! »

A dix-huit heures, une trentaine de personnes dont une douzaine de membres du
Comité prend place dans la petite salle pour la séance destinée aux adultes.
Trois-quarts d’heure plus tard, la lecture s’achève dans un tonnerre
d’applaudissements suivi d’un long silence. L’émotion est palpable.
Une prestation remarquable des lecteurs a révélé la force du texte où l’horreur des
génocides est partout en filigrane sans jamais être décrite. Encore une fois, c’est le
mot « imagination » qui rompt le silence. Libéré de tout effort de lecture et délivré des
distractions de l’environnement, le cerveau est disponible pour s’approprier les mots
et composer à sa guise l’univers sensoriel du récit.

Il a été peu question de handicap visuel dans l’échange qui suivit.
Le temps d’une lecture, nous avons accueilli dans notre univers des lecteurs
chevronnés et nous leur avons fait découvrir une nouvelle façon d’aborder un texte.
A cet instant, nous étions tous des lecteurs passionnés, réunis autour d’une même
œuvre, envahis par la même émotion.

Notre objectif était atteint, si ce n’est dépassé !

Marie-Noëlle